Qu’est-ce que c’est ?
La maladie de Lapeyronie (ou induration plastique des corps caverneux) est une affection bénigne caractérisée par la formation de plaques de tissu fibreux (cicatriciel) sous la peau du pénis, au niveau de l’enveloppe entourant les corps caverneux. Cette fibrose entraîne une déformation du pénis (courbure, rétrécissement, raccourcissement) lors de l’érection, parfois accompagnée de douleurs.
Elle touche environ 3 à 9 % des hommes, le plus souvent après 40 ans, mais elle peut survenir à tout âge adulte. Elle n’est ni contagieuse, ni cancéreuse.

Causes et facteurs favorisants
Traumatisme : micro-traumatismes répétés du pénis en érection (rapports, activité sportive) entraînant une cicatrisation anormale.
Facteur génétique : une prédisposition à la fibrose (terrain génétique, maladie de Dupuytren associée dans certains cas).
Autres facteurs : diabète, tabac, troubles vasculaires, certains traitements peuvent favoriser son apparition.
Évolution en deux phases
Phase aiguë (inflammatoire) : Douleurs en érection, déformation qui évolue (généralement 6 mois). C’est la phase où un traitement médical est le plus utile.
Phase chronique (stable) : La douleur disparaît, la plaque et la courbure se stabilisent. C’est à ce stade qu’une chirurgie peut être envisagée si nécessaire.
Histoire naturelle
Amélioration spontanée dans 12 %
stabilisation dans 40 % ;
aggravation avec le temps dans 48 %
Traitements
Traitements médicamenteux
Utile en phase aiguë pour réduire la douleur ; efficacité limitée sur la courbure. Certains traitements oraux (anti-inflammatoires, tadalafil) ou injections locales (vérapamil, collagénase, PRP, acide hyaluronique) peuvent être proposés par le médecin selon les cas.
Traitements non chirurgicaux spécialisés
Injections de collagénase de Clostridium histolyticum, vérapamil, collagénase, PRP (plasma riche en plaquettes), acide hyaluronique. Ondes de choc ou dispositifs de traction/vacuum, pouvant limiter l’aggravation de la courbure chez certains patients.
Chirurgie
Réservée aux formes stables et gênantes (courbure importante, rapports impossibles) : plicature (raccourcissement du côté opposé à la courbure) ou greffe (allongement du côté rétracté), parfois associée à une prothèse pénienne en cas de troubles de l’érection.
Accompagnement
Écoute, information et accompagnement psychologique si besoin : l’impact sur la vie intime et l’estime de soi ne doit pas être négligé.
Quand consulter ?
Il est conseillé de consulter un urologue dès l’apparition d’une douleur, d’une déformation ou d’une gêne lors de l’érection. Un diagnostic précoce permet de mieux orienter la prise en charge, notamment pendant la phase aiguë.
Injections de PRP et d’acide hyaluronique dans la maladie de Lapeyronie

De quoi s’agit-il ?
Le PRP (plasma riche en plaquettes) et l’acide hyaluronique (AH) sont deux produits injectés directement dans la plaque fibreuse du pénis, dans le cadre de recherches sur des alternatives non chirurgicales à la maladie de Lapeyronie. Le PRP est préparé à partir d’un prélèvement sanguin du patient, centrifugé pour concentrer les plaquettes. L’AH est un composant naturel du tissu conjonctif, injecté seul ou associé au PRP.
Mode d’action (mécanismes proposés)
- PRP : Les plaquettes libèrent des facteurs de croissance qui stimuleraient la régénération tissulaire et limiteraient l’inflammation et la fibrose locale.
- Acide hyaluronique : Effets anti-fibrosants, anti-inflammatoires et pro-angiogéniques (favorisant la vascularisation) observés en laboratoire, qui pourraient assouplir la plaque.
- Ces mécanismes sont bien démontrés en laboratoire (études précliniques), mais leur traduction clinique chez l’homme reste en cours d’évaluation.
Indications actuelles
- PRP : Ce traitement est considéré comme expérimental par les sociétés savantes d’urologie (EAU), qui recommandent de le réserver au cadre d’essais cliniques encadrés.
- Acide hyaluronique : Les données disponibles, encore limitées, suggèrent un intérêt surtout en phase aiguë (précoce, inflammatoire) de la maladie, plutôt qu’en phase chronique stabilisée.
Aucun de ces deux traitements n’a, à ce jour, d’autorisation officielle spécifique pour la maladie de Lapeyronie en France. Ils sont proposés hors référentiel standard, après information claire du patient.
Efficacité
Les études publiées, encore limitées et hétérogènes, rapportent des taux de réponse variables : amélioration de la douleur, de la courbure ou des érections chez environ 40 à 70 % des patients selon les études et les critères retenus.
Cependant, un essai randomisé contre placebo n’a pas confirmé de bénéfice net du PRP par rapport au placebo, notamment sur la douleur. Ces résultats contrastés reflètent la faible qualité méthodologique et la petite taille des études disponibles à ce jour.
Modalités pratiques
Voie d’administration : Injection intralesionnelle (dans la plaque), le plus souvent échoguidée, en consultation ou en ambulatoire.
Protocole : Généralement plusieurs séances (par exemple 3 à 6 injections), souvent associées à des exercices d’étirement pénien par un extenseur.
Déroulement : Anesthésie locale; durée de l’acte courte (quelques minutes par séance).
Précaution post-injection : une période d’abstinence sexuelle d’une à quatre semaines est généralement recommandée après l’injection pour optimiser le résultat.Il est également interdit d’exposer la zone traitée aux fortes chaleurs (bains chauds, sauna) dans les suites opératoires.
Effets secondaires
- Effets fréquents : Douleur locale, ecchymoses (bleus), gonflement au point d’injection — le plus souvent transitoires et de résolution spontanée en quelques jours.
- Sécurité globale : Aucune complication grave n’a été rapportée dans les études publiées à ce jour ; le recul reste néanmoins limité.
- Limite importante : Comme pour tout traitement expérimental, les bénéfices et risques à long terme ne sont pas encore totalement établis.

